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"Déjà brillant lorsqu’il chérissait les guitares torturées, Franck Garcia semble aujourd’hui plus assagi. Depuis qu’il éclaircit sa musique, il élève ses possibilités vers des terrains plus sensibles. Son magistral dernier album – ‘Let’s Just Bullshit Our Way Through‘ – proposait un virage captivant, et c’est dans cette continuité que le lyonnais revient avec ‘North Star’, toujours empreint d’une démarche appliquée, et surtout fort d’un talent qui n’est plus à prouver. Seul aux manettes, comme à son habitude, il accomplit un acte réfléchi de bout en bout. De chaque fragment émergent un instinct et une patte maintenant reconnaissable dès les premiers sillons parcourus. La machine Sheik Anorak prend toujours forme dans la répétition, mais s’embellit de plus en plus d’arrangements fins, dosés avec tact, et placés judicieusement. Garcia est plus que jamais capable d’inverser à tout moment la vapeur, d’orienter ses envies dans un panel large et cohérent, de se faire maestro d’une pop claire et pure (‘Just A Game’), ou d’inventer des ambiances musicales tribales et racées (‘Patern 0 (part II)’, ‘Argent’). Mais lorsqu’il place ses lignes de chant épaulées par des compositions imparables, les courbes de sa voix légèrement enrouée deviennent aussi rassurantes qu’enveloppantes (‘No One Could’, ‘North Star’, ‘This Year’). Et pour conclure l’album, c’est dans l’abstraction et l’épure qu’il nous offre avec ‘Ready’ un titre magistral dont la puissance émotionnelle nous pénètre pour un long moment, même après écoute. ‘North Star’, Franck Garcia signe à nouveau un album de grande facture qu’il serait dommage de ne pas écouter en profondeur, ou de laisser au rang de disque confidentiel. Ce mec est un multi instrumentiste talentueux doté d’une force attractive indéniable, le chef d’orchestre d’inspirations qu’il dépose disque après disque en révisant ses ambitions à la hausse, faisant ainsi de Sheik Anorak un projet loin des courants, ouvert sur des horizons sans fin, qui mérite plus que jamais le détour.

Thierry Mabon (Mowno)

 

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September 2009, one of my first Incubate experiences. A guy with a guitar and a drum kit, turning noise into post-rock or something. First he played some guitar, looped the whole thing and then he started drumming. I was amazed by this simple but effective approach and immediately bought his '22 Minutes With Sheik Anorak' cd. I remember the Incubate-booklet claiming that Sheik Anorak was a noise-act but that didn't cover the load, so to speak.

True, Sheik Anorak once started out as a noise project. With harsh guitars and pummeling drums Frank Garcia created a massive wall of sound. Yet, gradually, the project evolved, from noise over noise-rock towards indie rock and no wave. Today he's back with a new album, a very surprising one too. This simply is a splendid indie rock album, or 'lo-fi' if you prefer that tag. Mainly, it's a collection of experimental popsongs.

Opener 'Speaking Voice', and most of the other songs, feels quite experimental but is dressed as a bit of an innocent pop rock song. It immediately made me raise my eyebrows, not in disbelief but mainly in a 'wow, this is nice' kind of way. 'From A To Z' drives on steady drums, a repetitive guitar riffs and a delightful bunch of drones and soundscapes. 'S. Barigool' repeats that recipe but turns it into a free jazz track, or something like that.

It's hard to compare this music to other artists. Acts that come to mind include Caudal, White Stripes and even the surf rock of The Ventures. Yeah, that's indeed very far away from noise music. Hell, there's even a brilliant (half) ballad here, named 'Liar', raw, unpolished and repetitive, but very immersive and a pleasure to listen to. The whole album is an inspiring experience, which is exactly what I'm used to from Sheik Anorak.

So yeah, I'm glad that this act showed up in my inbox after almost seven years and I'm glad he seems to be stronger than ever. From harsh noise towards intelligent pop rock, this act has been through a lot of influences and genres but most of all he simply does whatever he wants and needs to grow as a musician. Check it out, unprejudiced, and you'll discover a world of possibilities.

 

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Alors qu’il prévoit de publier pour le mois de février 2016 un nouvel album solo – album qui s’annonce encore plus pop et éclairé que son prédécesseur et déjà fort réussi Keep Your Hands Low – le lyonnais Sheik Anorak s’est offert en octobre dernier une sorte de petite récréation avec un 12'' intitulé Or. Et encore, lorsque j’écris « récréation », il convient de relativiser tout de suite : gravé sur une seule face et pressé en vinyle transparent (en clair ou en rouge selon les versions), Or est assurément un fort bel objet mais il s’agit surtout de l’enregistrement le plus difficile et le plus troublant du bonhomme. Et de loin. Or est en fait ce titre extrêmement long, répétitif et strident que Franck/Sheik Anorak joue de temps à autres mais rarement il est vrai en concert depuis quelques années déjà et qu’il n’a cessé de perfectionner. Une sorte d’hommage patent à la musique du guitariste Mick Barr (Crom-Tech, The Flying Luttenbachers, Krallice, etc.) et en particulier à l’album Ov d’Orthrelm (un disque dont je connais peu de gens capables de se l’enfiler direct d’une seule traite et à fort volume sans être pris de violents maux de tête et de vomissement).

Ceci étant posé, on peut aussi et surtout écouter Or sans connaitre ou même se douter de cette filiation tant Sheik Anorak tourne l’exercice à son avantage – comprendre : ici pas de branlette de manche ni de risques de tunnel carpien – et nous livre avec cette longue pièce un travail malgré tout personnel et, disons-le, d’une grande intelligence. En allant de plus en plus loin dans la répétition de motifs de guitare épileptiques et surtout en rajoutant à de rares moments clefs – moments déterminés par l’usure de l’expectative – de nouvelles couches de guitares, Sheik Anorak développe une sorte de tourbillon sonique ascensionnel qui monte lentement mais inexorablement en virulence, à la recherche d’un paroxysme semble t-il inatteignable. Difficile de ne pas se sentir emporté par ces flots de guitares qui finissent par ne former qu’un grand tout, laminage en règle de nos nerfs (et pas que nos nerfs auditifs) et débouchant sur une hypnose compacte et sans faille. Derrière la batterie martèle des rythmes incessants là aussi et évoluant de même par petites touches (rajout d’une cymbale, etc.). Les effets sont tout bonnement incroyables, provoquant pendant de longues minutes un manque et une attente qui montent en flèche.

C’est lorsqu’on s’y attend le moins que la musique change avec une cassure cette fois-ci très nette et intervenant dans les toutes dernières minutes de Or. Une cassure d’abord en forme d’accalmie presque étrange, le calme avant la tempête où l’œil du cyclone (que sais-je) et puis qui cède rapidement la place à de nouveaux motifs de guitare et à d’autres rythmes, toujours plus circulaires, comme une sorte d’explosion tout d’abord perturbante mais libératrice, tel un chaos éblouissant et grandiose d’où émerge finalement ce qui, même ici, fait toute la force et toute la beauté de la musique de Sheik Anorak, la force d’une guitare alliant le bruit et la lumière dans un ensemble aussi libre que cohérent. J’ai longtemps cru que Or ne serait à tout jamais qu’un moment live inédit et exceptionnel et que l’enregistrer n’aurait finalement qu’un d’intérêt limité. Je me trompais lourdement.

 

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I so frequently laud and applaud Dalston’s Cafe Oto on The Liminal that it can be easy to forget that there’s another bastion of adventurous music located just around the corner in the form of The Vortex. Luckily, the venue’s unique charm is nicely captured on this delightful Anglo-French collaboration between saxophonist Colin Webster, guitarist Sheik Anorak and Mark Holub on drums. Like that other recent live jazz gem Spontaneous Combustion, by Decoy with Joe McPhee, on Languages… Holub, Anorak and Webster display tight interplay interwoven with blistering moments of high-octane improvisation. It’s a familiar, yet always thrilling, trope of improvised music: the first bars of opener ‘Il Fait Chaud’ see the trio feeling around each other with flutters of sax, sneaky drum rolls and a scattering of loose guitar chords, but as they find their feet, it builds up into a hectic head rush of supple musical conversations. Webster’s tone is actually not unlike McPhee’s, while Anorak tugs and rips chords and solos out of his guitar at breakneck speed, coming on like a less molten Sonny Sharrock circa Black Woman. With neat feeling they speed up, slow down, pitch up the volume or descend into near silence without dropping the flow of each track. Throughout, it’s clear how much fun they must have had in the process, which makesLanguages… one of the most entertaining live jazz outings out there

JB (The Liminal)

 

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