Forum Mondial de l'Eau (Marseille, 12/17 mars), Forum Alternatif Mondial de l'Eau (14/17 mars 2012) et pacte d'Istambul
Le ministre d’État, ministre des affaires étrangères et européennes, a présenté une communication relative au Forum mondial de l’eau (07/03/2012).
L’
accès universel à l’eau potable et à l’assainissement n’est pas encore garanti pour plusieurs milliards d’êtres humains et l’eau reste un enjeu central du développement durable. Dans ce contexte, la France accueillera à Marseille du 12 au 17 mars 2012 le sixième Forum mondial de l’eau, intitulé « Le temps des solutions ».
Ce Forum réunira plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement, ainsi qu’une centaine de ministres et de représentants des organisations internationales, des parlements, des collectivités territoriales, des entreprises et des organisations non gouvernementales. Au total, 25 000 participants et visiteurs sont attendus. Tous les acteurs impliqués, publics ou privés, pourront discuter de l’ensemble des problématiques liées à l’eau. La France souhaite que ces échanges permettent de dégager des réponses concrètes aux défis à relever.
A l’issue du Forum une déclaration ministérielle sera adoptée qui fixera des priorités d’action pour l’ensemble de la communauté internationale : accélérer l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement ; intégrer l’eau dans les programmes de développement urbain ou de lutte contre le changement climatique ;
renforcer la gouvernance de l’eau en associant plus étroitement les autorités locales et la société civile.
Lors de ce Forum, l’ensemble des participants, dont le Gouvernement français, prendront des engagements précis, dont la mise en oeuvre pourra être examinée lors de la
session suivante du Forum en 2015 à Daegu en Corée du sud.
Les pays dans lesquels l’eau n’est pas bien gérée sont ceux où la compétence n’a pas été confiée aux autorités locales", juge l’ancien ministre de l’Environnement, Serge Lepeltier. Promouvoir ces acteurs contribuera à « faire avancer l’accès aux services essentiels que sont l’eau potable et l’assainissement », estime François Lacroix, directeur des programmes du comité d’organisation.
La gestion de l’eau est « avant tout une question de territoire pertinent », rappelle Guy Fradin, gouverneur du
Conseil Mondial de l' Eau(
CME).
Le bilan du Forum sera dressé notamment en regard de la solidarité Nord-Sud. En France, la loi « Oudin-Santini » de janvier 2005 permet aux services publics locaux ainsi qu’aux agences de l’eau d’affecter à la coopération décentralisée 1% de leurs ressources, soit en gros un centime par mètre cube. C’est peu par rapport à notre confort, c’est beaucoup pour l’espérance de vie de certains », commente André Flajolet, député en mission pour le forum.
Sur un potentiel de 120 millions d’euros par an, une petite trentaine est aujourd’hui mobilisée, majoritairement par les agences de l’eau. Le SEDIF, qui dégage 1,6 million, d’euros par an, se targue d’avoir permis la desserte en eau de 3,2 millions de personnes en Afrique et en Asie. « Si cet effort indolore était généralisé au plan international, la question de l’accès à l’eau serait réglée dans les dix ans », considère son vice-président, Christian Cambon.
La Corée du Sud, qui accueillera le forum de 2015, est très intéressée par ce mécanisme, indique Loïc Fauchon.
« Diffuser la logique du centime par m3 est plus qu’une question financière, affirmait, fin 2011, Pascal Berteaud, alors adjoint du cabinet de la ministre de l’écologie : des collectivités aident des collectivités, on est dans la formation et le renforcement des capacités. »
Un « trialogue » entre ministres, parlementaires et maires européens, portera le 15 mars sur
les financements innovants. »
Sylviane Rault ( Conseillère Régionale EELV) rappelait, les 15 et décembre 2011, la déclaration de l'
ONU en vertu de laquelle « le droit à une eau potable salubre et propre est un droit fondamental essentiel au plein exercice du droit à la vie et de tous les droits de l'homme. »

Pourtant, près de 900 millions de personnes dans le monde n'ont pas accès à une eau potable de qualité. Plus de 2,6 milliards ne disposent pas d'installations sanitaires de base. Environ deux millions de personnes, pour la plupart des jeunes enfants, meurent chaque année des suites de maladies causées par une eau impropre à la consommation et l'absence de sanitaires.
Les crises environnementales et climatiques accentueront les difficultés d'accès à l'eau. Cette ressource, bien commun de l'humanité, est au cœur de nombreux conflits géopolitiques. Elle fait aussi l'objet de tentatives d'
accaparement par quelques grandes multinationales, mettant ainsi à mal leprincipe fondamental du droit à l'eau pour tous.
Alors oui,
il y a urgence à agir
- - par la reconnaissance de l’eau comme patrimoine commun de l’humanité ;
- - par le soutien de projets d'assainissement, de production et de distribution d’eau dans les pays qui en sont démunis ;
- - par la suppression de l’Accord Général sur le Commerce et les Services (AGCS) qui a fait entrer l’eau dans le domaine marchand ;
- - par la création d’une Autorité mondiale de l'eau indépendante et intégrée aux Nations Unies ;
- - par la reconnaissance de l'échelle locale et régionale comme échelon pertinent de gouvernance.
Nous pourrons mettre en œuvre des politiques écologiques, sociales et démocratiques de gestion de l'eau. Pour y parvenir, la maîtrise publique de cette ressource est un préalable.
Or, s'il peut être un espace de débats important permettant de réunir l'ensemble des acteurs impliqués dans la gestion de l'eau sur les territoires, le Forum Mondial de l'Eau, qui se tiendra à Marseille fait la part belle aux multinationales de l'eau au détriment de la sphère civile et citoyenne.
Rappelons en effet, que ce forum est une initiative du Conseil Mondial de l'Eau, association non gouvernementale, présidé actuellement par Loïc Fauchon, aussi président de la Société des eaux de Marseille, filiale de Veolia.
Cette prédominance des multinationales de l'eau dans l'organisation de ce forum nous apparaît en contradiction avec ses objectifs affichés de "garantir le Droit à l'Eau partout dans le monde". D'ailleurs les termes employés dans leurs documents par les organisateurs du forum laissent planer le doute quant à leurs objectifs réels.
Par exemple, l'eau y est présenté comme un bien public et non comme un bien commun. Subtile nuance, mais qui exclue de fait la reconnaissance de l'eau comme patrimoine commun de l'humanité et laisse donc la porte grande ouverte à une gestion par les entreprises privées des services de production, de distribution et d'assainissement.
De la même manière, le Pacte d'Istanbul contient des éléments de langage qui nous inquiètent. On peut y lire, par exemple, qu'il est nécessaire de "diversifier les sources d'approvisionnement en eau pour assurer davantage la flexibilité de stockage face aux incertitudes du futur grâce à de nouveaux équipements de stockage, une exploitation durable de la nappe phréatique, un transfert de l'eau entre bassins, la conservation de l'eau, son recyclage ou son dessalement".
Le diable est dans les détails et on reconnait là la patte des multinationales de l'eau qui, au nom de l'urgence environnementale, font un lobbying actif auprès des collectivités locales et des pays du sud sur la nécessité de développer de nouvelles technologies pour agir sur la ressource elle-même : dessalement, rechargement des nappes phréatiques, irrigation etc.
Elles sont les seules à posséder ces technologies, peu efficientes, et le but final est bien la maîtrise de l'ensemble de la chaîne de l'eau.
On retrouve aussi dans l'écriture du pacte d'Istanbul, à travers les références à la coopération internationale, l'esprit de loi Oudin-Santini, véritable cheval de Troie des multinationales, qui instaure un prélèvement d'un pour cent sur les factures d'eau pour des actions dites de « coopération décentralisée ».
Rappelons qu'à l'occasion du vote de cette loi, André Santini l'a défendu en affirmant, que ce texte était « non seulement un moyen de permettre une exportation du modèle français de gestion de l'eau, mais aussi un moyen de compléter utilement la conquête de marchés par les grands groupes français. ».
Derrière tout cela, c'est bien la privatisation de la ressource en elle-même qui est visée et non l'accès de tous à une eau de qualité. Nous le redisons, la privatisation n'est pas compatible avec une gestion durable d'une ressource naturelle vitale comme l'eau.
Le Forum Mondial de l'Eau, comme le Pacte d'Istanbul, nous pose donc questions quant à ses objectifs réels et nous souhaitons à terme, afin que sa légitimité soit incontestable, qu'il soit organisé par l'ONU dans le cadre d'une gouvernance mondiale et démocratique.
C'est d'ailleurs la demande des organisateurs du Forum Alternatif Mondial de l'Eau. Forum qui se tiendra aux mêmes dates que le Forum Mondial de l'Eau pour faire entendre d'autres voix.
Pour info., lire le Pacte d' Istambul
Pacte Istanbul
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