Les crimes homophobes, hontes de notre temps

février 22, 2011 Pas de commentaire

Encore un mort. Encore un coup pour rien. Le 7 janvier dernier, le photographe portugais, Carlos Castro a été retrouvé assassiné dans sa chambre d’hôtel à New York.

Peu importe qui il était, ce qu’il avait fait, ce qu’il faisait là et pourquoi, un crime est toujours une abomination, une entrave à l’ordre social établi. En Europe, même la justice n’a plus le droit de mettre à mort. « Tu ne tueras pas » répète la Bible. Et le commandement s’arrête ici. Il n’y a pas à préciser de conditions, de clauses, de cahiers des charges. Tu ne tueras pas, un point c’est tout.

Ils parlent de crime « barbare » mais ils ont bien tort. Ils seraient bien naïfs de croire que des imprécations bibliques, évangéliques ou coraniques suffiront à calmer les ardeurs  des fidèles aux religions du Livre. Et je serais débordé si je devais pleurer tous les homicides.

Le cas de Carlos Castro est particulier parce qu’il fait résonner le glas d’une haine que je souhaiterais voir disparaître. Je peux comprendre – sans pour autant les pardonner – les crimes d’honneur, les crimes passionnels ou les crimes d’intérêt. Mais les crimes de haine, quand la haine de l’Autre devient si violente qu’il semble que seule la mort soit assez radicale pour mettre un terme aux passions, je ne peux plus, nous ne pouvons plus les accepter.

Carlos Castro était homosexuel. Il semblerait que ce soit le motif du crime. Le criminel, Renato Seabra, était un jeune mannequin de 21 ans qui avait accepté d’accompagner Carlos en vacances à New York, en l’échange de quelques contacts dans le monde jet set qui l’aiderait à démarrer sa carrière. L’arrangement paraît aussi écoeurant que le milieu dans lequel il a eu lieu et j’ose espérer qu’il existe d’autres façons plus saines de percer dans le mannequinat. Les secrets d’alcôve de Carlos et Renato auraient pourtant de rester des secrets.

Pour des raisons intimes que nous ne connaissons pas, Renato a assassiné Carlos. Ces raisons, nous ne les connaissons pas, et pourtant, à y regarder de plus près, nous les devinons. « J’ai débarrassé Carlos de ses démons, du virus. Je ne suis plus gay. » s’est exclamé Renato en reconnaissant les faits.

« Je ne suis plus gay » ? Qui a expliqué à Carlos qu’assassiner un homosexuel lui permettrait de ne plus être gay ? Qui l’a incité à frapper Carlos au visage avec un ordinateur, à l’asphyxier et enfin à lui mutiler les parties génitales avec un tire-bouchon ? Dans quel livre de recettes un acte aussi cruel peut-il rendre qui que ce soit meilleur ?

Et qui a dit au proches de Renato et à tous les autres Portugais qui sont allé prendre sa défense que « tuer un homosexuel, ce n’est pas vraiment un crime » ? Qui leur a dit que les homosexuels n’avaient pas de dignité humaine ? Dans quel monde vit-on pour qu’un jeune homme de 21 ans, beau comme un dieu, apparemment entouré d’une famille qui l’aime et le soutient, se condamne dans un moment de folie à vingt cinq ans de réclusion, dans un moment de haine, de haine contre un homme âgé, contre un homosexuel, de haine peut-être contre lui-même, lui-même qui est aussi homosexuel, bien que ça le fasse souffrir, terriblement souffrir, au point qu’il donne la mort à celui qui l’a mis devant ses réalités.

Ou bien peut-être n’était il pas gay, juste arriviste, voilà un monde où les jeunes mannequins sont envoyés se prostituer. Ou bien peut-être était-il extrémiste, voilà un monde où les jeunes sont sacrifiés, envoyés comme des kamikazes pour commettre des actes dont ils n’ont aucune idée.

Vingt cinq ans à purger dans les geôles américaines, voilà qui lui laissera pleinement le temps de réfléchir à son homosexualité en devenir, un quart de siècle sans voir une femme…

Le cas de Renato est clos, sa carrière de mannequin, sa vie sont détruites. Mais qu’en est il de tous les autres ? De tous les Portugais qui prennent sa défense et qui librement, via tous les moyens de communication qu’ils ont à leur disposition, se permettent de tenir des propos homophobes immondes, insultants, dangereux et aberrants. Les groupes Facebook foisonnent, les témoignages affluent, la justice populaire vient au secours de son héros.

J’ai toujours aimé le personnage de Judith dans la Bible, qui s’invite dans la tente du roi ennemi, le fait boire et quand ce dernier s’endort, lui tranche la tête. Judith triomphe grâce à son charme, Judith n’oublie jamais la cause qu’elle défend, Judith la faible femme triomphe sur le roi.

Judith tue le roi qui tient son peuple en otage. Je serais désolé qu’un malentendu laisse certains illuminés croire que les homosexuels tiennent qui que ce soit en otage. A notre dernière réunion mondiale du peuple homosexuel du monde entier, il me semble que personne n’ait mentionné quoi que ce soit à propos d’une prise d’otage.

Renato n’a donc rien de Judith et Carlos n’avait rien du roi ennemi. Au Portugal, l’homosexualité est légale, il est même inscrit dans la loi que deux personnes du même sexe peuvent se marier. Carlos était un citoyen comme les autres. Un de plus.

« Tu ne tueras pas ». C’est pourtant écrit.

Oh très pieux Portugal, oh très pieuse péninsule ibérique, oh très pieuse Europe latine ! Carlos Castro est une victime de plus, encore une, d’un fou qui n’a pas compris qui était son ennemi. Aberration du vingt unième siècle, le catholicisme considère encore l’homosexualité comme un péché. Sur le milliard de Catholiques de cette planète, combien alors considère que tuer un homosexuel n’est pas un crime ?

Comment se fait-il que l’Eglise catholique se taise sur un sujet aussi grave ?

Comment se fait-il que cela ne vienne pas à l’esprit de Benoît XVI qu’il a une part de responsabilité dans ce genre de faits divers ?

Comment se fait-il que la France, pays laïque, continue à ignorer les revendications des homosexuels alors que le Portugal à sauter le cap, au grand mécontentement d’une partie visiblement très arriérée de sa population ?

Comment se fait-il que l’on tolère les religions qui ne tolère pas l’homosexualité ?

Comment se fait-il que le pouvoir spirituel soit toujours aussi fort tandis que la Terre est ronde, qu’elle tourne autour du soleil, que tout cela ne résulte que du Big Bang, que tout cela ne s’est pas fait en une semaine ?

Comment se fait-il qu’aujourd’hui encore, à l’heure du numérique, des greffes cardiaques et de l’exploration de l’espace, certains hommes et certaines femmes soient victimes d’atroces violences au nom d’instructions sur le bien fondé de l’hétérosexualité et le mal fondé de l’homosexualité dicté par quelques vieux fous au fond d’un désert il y a plusieurs millénaires, qui dans un soucis de prosélytisme avait besoin que tout leurs ouailles procréent au plus vite ?

Comment peuvent-ils encore nous faire croire que la religion délivre un message d’espérance et de paix universel quand elle est la justification des actes les plus ignobles ?

Honte sur tout ceux qui utilisent la religion pour justifier la haine, honte sur tout ceux qui ne réagissent pas et laissent souiller leur religion, honte sur cette utilisation calamiteuse de la liberté d’expression, honte sur tout ceux qui se lavent les mains, honte sur ceux qui tournent la tête.

Honte sur ceux qui n’acceptent pas ce qui ne les regarde pas, honte sur ceux qui n’acceptent pas leur nature, honte sur ceux qui se définissent par rapport aux autres, honte sur celui qui voit en son prochain un autre, honte sur celui qui se réclame du jour et refuse la nuit, honte sur toutes les discriminations et sur tous les systèmes qui les engendrent.

Honte sur tout ceux qui n’ont vraiment rien compris.

Judith Pargiter

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Justice, sécurité, institutions, Société

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